Focus sur Agriodor

Agriodor, l’alternative naturelle aux insecticides

14/12/2021

La start-up Agriodor, hébergée à la pépinière d’entreprises du Biopôle, a développé des solutions de parfums pour piéger les insectes ravageurs des cultures de pois, féveroles et lentilles. Une solution efficace pour lutter naturellement contre les insectes qui détruisent les cultures.

La start-up Agriodor a été créée en 2019 par Ené Leppik et Alain Thibault à partir des travaux de recherche d’Ené Leppik réalisés au sein de l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement). Elle rassemble aujourd’hui dix collaborateurs aux profils variés : docteurs en R&D, chimistes, spécialistes de l’odeur, spécialistes des insectes. « Au départ, nous étions hébergés par l’INRAE, à Versailles », précise Camille Delpoux, directrice du développement de la start-up. « Puis, nous avons eu besoin de nos propres laboratoires et nous voulions nous rapprocher des régions agricoles. Rennes s’est imposée à nous. Nous avons la proximité des unités de recherches académiques avec l’INRAE de Rennes, la proximité de nos parcelles expérimentales dans des champs, et un laboratoire très confortable », ajoute Camille Delpoux. En mars 2021, la jeune équipe de chercheurs a rejoint Le Biopôle, la pépinière de Rennes Métropole gérée par Citédia, dédiée aux entreprises des biotechnologies, de la chimie, de la pharma et de la santé. « La vie en pépinière d’entreprises est très agréable. Surtout, les laboratoires sont très bien équipés pour accélérer la R&D des sociétés. Et pour les équipes de chercheurs, le fait de côtoyer des confrères d’autres entreprises crée une émulation intellectuelle », complète-t-elle.

Des parfums qui attirent ou repoussent les insectes

Les solutions commercialisées par Agriodor sont des alternatives aux insecticides traditionnels utilisés par les agriculteurs pour protéger leurs cultures des insectes ravageurs. Pour comprendre le produit développé par la start-up rennaise, il convient de reparcourir nos lointains cours de biologie. Une plante émet naturellement une substance chimique volatile qui s’apparente à une odeur. Les insectes se déplacent principalement à partir des informations obtenues par leur sens le plus développé : l’odorat, pour se nourrir et pour la ponte. Cette communication naturelle entre la plante et l’insecte, basée sur l’odeur, s’appelle la kairomone. Le travail des experts d’Agriodor consiste ainsi à identifier les molécules à l’origine de la kairomone, entre la plante et l’insecte, pour reproduire le parfum, à partir de molécules naturelles.

Des produits commercialisés pour les pois, lentilles et féveroles

« Nos recherches se concentrent pour le moment sur trois cultures de protéagineux : les féveroles, les lentilles et les pois », indique Camille Delpoux. Pour chaque culture, un méticuleux travail est réalisé pour analyser les odeurs émises, et les molécules particulières qui vont attirer une famille d’insectes, à l’origine de la destruction de la culture. On pense notamment aux bruches, insectes de la famille des coléoptères. « Pour ces trois cultures, nous avons développé un parfum qui permet d’attirer les ravageurs. Nous plaçons le parfum dans des fioles, elles-mêmes disposées dans des pièges dans les parcelles », explique Camille Delpoux. Cette solution naturelle permet ainsi de piéger l’insecte, de réduire sa prolifération et le saccage de culture, et d’éviter l’utilisation de traitements chimiques (insecticides) pour protéger les cultures.

Après cette première étape de développement, Agriodor souhaite rapidement élargir son champ d’action et des projets R&D sont déjà en cours sur le colza et la betterave, des cultures d’intérêt majeur pour les agriculteurs en France et plus largement au niveau européen.
Les solutions développées par Agriodor suscitent l’attention des principaux acteurs de l’agriculture française, à l’heure où la place des intrants chimiques tend à diminuer dans les pratiques culturales.